Définir ses objectifs – François Mathy

30 avril 2019

Propos recueillis par Laura Demaille pour Horse Pilot.

HP : Bonjour François, vous avez couru la Finale Coupe du Monde de Saut d’obstacles à Goteborg début Avril où vous finissez dans le top 15 d’une finale pleine de rebondissements… Ce concours a marqué la fin de la saison Indoor et le début de votre saison Outdoor, comment avez-vous défini vos objectifs pour les échéances à venir ? Quel est le point de départ de votre réflexion ?

FM : La 1ère chose qu’on peut remarquer c’est que la fin de saison Indoor pour ceux qui font la finale coupe du monde est très tard (début avril, ndhp), on passe d’un coup de la fin de la saison Indoor au cœur de la saison outdoor alors que beaucoup de cavaliers ont pu se préparer avec les tournées d’hiver comme Oliva ou Villamoura. A cause de cela, la transition pour les cavaliers ayant couru cette finale, avec forcément nos chevaux de têtes, est plus brutale, c’est donc un élément à prendre en compte.

Chaque année nous avons des objectifs que l’on va dire « imposés » par le calendrier, par exemple cette année ce sera les championnats d’Europe, pour se qualifier pour les Jeux Olympiques l’année d’après. Il est donc important de bien définir les différents objectifs et leur temporalité.

Forcément ce sont des échéances qui nécessitent une sélection, qui impliquent donc de faire des résultats tout au long de la saison. Surtout en Belgique où il y a un très gros niveau, nous avons déjà un planning de concours en début de saison avec le sélectionneur mais qui doit lui aussi s’adapter à des contraintes réglementaires (avec le nouveau système mis en place par la FEI en 1ère ligue, ndhp).

HP : Du coup aux contraintes de calendrier s’ajoutent d’autres éléments ?

FM : C’est cela, il faut savoir s’adapter à ces contraintes réglementaires pour établir le planning de la saison. Entre ça, le jeu des sélections et invitation, il est crucial d’avoir un planning adaptatif. J’espérais par exemple aller à Windsor la semaine prochaine mais il n’y a que 38 cavaliers qui peuvent y aller et c’est le classement Ranking qui va différencier.
Au-delà des contraintes extérieures la forme des chevaux va jouer. Il est important d’avoir un planning à long terme mais il faut avoir des plans B, voire des plans C pour réussir à palier les différentes contraintes.

HP : On note l’importance du calendrier et de l’organisation qui en découle pour avoir les moyens de ses ambitions. En ce qui concerne les chevaux, quelles sont leur place dans cette préparation ? Est-ce que vous adaptez les chevaux aux échéances ou est-ce que vous choisissez les concours en fonction des chevaux ?

FM : En ce qui me concerne mon piquet de chevaux se divise entre mes chevaux de tête qui font du 5* et les jeunes chevaux. Cela s’organise en parallèle, bien sur tous les chevaux n’ont pas les mêmes objectifs, le planning est fait en fonction des chevaux de tête et des contraintes de leur calendrier à eux. En parallèle je m’occupe de faire évoluer et de former mes jeunes chevaux que j’aime monter moi-même. Ils ont leur circuit adapté à leurs propres objectifs.

HP : Vous avez des élèves que vous faites travailler et que vous accompagnez sur les terrains, comment est-ce que vous déterminez leurs objectifs ?

FM : C’est forcément plus compliqué quand on tourne en haut niveau mais il y a des concours comme là ce weekend à St Tropez où ils avaient engagé tous les 2 ce qui m’aide à les suivre. L’un par exemple va plus être dans un objectif de progression et d’évolution tout au long de la saison, alors que l’autre a pour objectif de préparer les Jeux Panaméricains, ça va donc être un planning et un travail différent.

HP : Une fois que vous avez défini le planning de chacun, comment se construit le programme de travail à la maison ?

FM : J’entraîne beaucoup moi-même les chevaux aux écuries, selon la fréquence des concours et des résultats j’aime bien faire des petits exercices à la maison, combinaison, petit parcours… Un des avantages qu’on a en Belgique c’est que nous pouvons régulièrement aller louer des pistes et sauter à l’extérieur, pour sortir de la routine, les garder dans le coup et travailler ce qui a pu pêcher au concours.

HP : En tant que cavalier, physiquement, comment est-ce que vous vous préparez pour la saison ?

FM : Tous les mardis nous avons un coach sportif qui vient faire du renforcement musculaire, plutôt du préventif et adapté à l’équitation. On travaille principalement dos et les abducteurs. La séance dure 1h30 et on le sent les jours suivants ! Au vu de mon gabarit (1m96, ndhp), c’est très important de faire attention à ça, de rester en forme et fit.

HP : Pour vos élèves, est-ce qu’il y a une préparation mentale ou une façon d’appréhender les concours ?

FM : Le travail mental je le fais beaucoup avant l’épreuve, au paddock, faire descendre la pression, réussir à les concentrer et à les mettre dans les bonnes conditions pour performer. Je fais aussi un débrief après l’épreuve qui est très important dans l’analyse des points d’amélioration à court terme et à long terme. En fonction de cela on a aussi un intervenant en dressage qui vient tous les mardis aux écuries, tous les élèves et les membres de l’équipe y passent !

HP : Planning sur le long terme et adaptatif, préparation des chevaux mais aussi des cavaliers et gestion du mental ! Le mot de la fin pour les cavaliers qui ont ou qui vont commencer leur saison outdoor, la clé selon vous pour atteindre ses objectifs ?

FM : « Qui veut aller loin ménage sa monture » ! Il faut bien gérer ses objectifs en fonction de la forme du cheval. Ne pas aller trop vite, on peut avoir vite tendance à s’emballer quand on fait un bon parcours, savoir parfois redescendre pour remettre son cheval dans la facilité, qu’il reste à l’aise. Bien sûr, il faut savoir se battre pour ses objectifs, se donner les moyens mais cela passe par une bonne gestion des chevaux.

 

Merci à notre Pilot Belge de nous avoir consacré quelques instants pour cette interview !