La préparation mentale, agir ici, maintenant

8 juin 2019

Sujet récurrent sur les terrains de compétition et dans le monde du sport en général, la préparation mentale fait partie intégrante du sport.

Horse Pilot a décidé de s’y intéresser de plus près à travers les témoignages de Simon Casse (athlète de haut niveau, membre de l’Équipe de France de Pentathlon Moderne) et Jean-Pascal Cabrera (sophrologue et préparateur mental auprès de la Fédération Française d’Equitation).

La préparation mentale, motivations et enjeux

Horse Pilot : Que ce soit dans le coaching ou dans la pratique du sport en général, comment expliquer l’importance de la préparation mentale ?

Jean-Pascal : Ce n’est pas la même chose dans la forme du sport mais en ce qui concerne le comportement de l’athlète, les mécanismes sont les mêmes. L’aspect spécifique de l’équitation est que le partenaire est un animal, avec son tempérament et son caractère. Il a ses propres émotions comme l’être humain.

Un couple cheval-cavalier se forme, c’est un sport d’équipe. C’est cet aspect original qui est passionnant, car cela oblige encore plus le cavalier à travailler sur ses émotions. L’effet miroir qui se transmet aux autres, que ce soit dans une équipe de football ou de handball, permet de communiquer, de se mettre d’accord sur des codes qui fonctionnent ou pas.

Avec le cheval, c’est globalement très différent. C’est cette richesse qui m’a amené à creuser à ce niveau-là.

Simon : Pour ma part, j’ai commencé le travail de préparation mentale, à vraiment prendre conscience de sa nécessité, il y a deux ans et demi. En fait, j’étais arrivé un peu au constat que physiquement j’étais toujours au même niveau que les autres, que j’étais présent mais que c’était dans la tête qu’il fallait travailler. Au moment où je devais être le plus connecté, je n’étais pas focus sur les bonnes choses, donc je me suis orienté vers un préparateur mental.

C’est un entraînement, un sixième sport qui s’ajoute aux cinq déjà présents en pentathlon moderne.

Horse Pilot : Simon, qu’est-ce que la préparation mentale apporte de plus dans la pratique du sport ?

Simon : De la concentration, de la confiance notamment dans les moments clés, par exemple à l’entrée d’un parcours. Quand on rentre sur la piste, on est seul avec son cheval et c’est à ce moment-là qu’il faut être très concentré sur les sensations, sur ce qu’il faut faire, etc. Ça m’a apporté, justement, d’aborder les parcours toujours un peu de la même manière et donc de trouver le bon sens. Ensuite, c’est beaucoup plus facile d’analyser ses fautes, ses erreurs, ce qui a marché et ce qui n’a pas marché.

C’est comme ça que l’on progresse.

La préparation mentale permet d’avoir un peu plus de recul, un oeil un peu plus précis, de mettre en avant les fautes et de les corriger sur les parcours suivants. Ça a fait mûrir mes performances et mon engagement au quotidien.

Donc forcément, ça aide à avoir une meilleure relation avec les chevaux et ça permet d’être plus à l’aise dans toutes les situations. Surtout dans le cas du pentathlon, on ne connaît pas le cheval, il faut s’adapter à toutes les montures.

Il faut être prêt à tout.

La compétition, c’est vivre le moment présent

 

“Basculer au moment clé, au moment propice où il faut passer dans le présent, dans l’agir”

Horse Pilot : Jean-Pascal, quelles différences peut-on observer chez les athlètes suivant un programme de préparation mentale ?

Jean-Pascal : La différence entre un athlète de haut niveau et un de moindre niveau est dans sa façon de se concentrer. Cette concentration porte soit sur des choses intérieures précises (une position du bassin) ou larges (un état de tonicité), soit sur des choses extérieures précises (où va le cheval, quel repère visuel vais-je prendre) ou très larges (le parcours).

Quelqu’un qui stress prend tout en bloc, mélange tout. Par exemple, en équitation, la première chose est de s’occuper de son cheval, il faut qu’il soit bien. Je vais me déplacer de points de concentration pertinents en points de concentration pertinents. Et plus je vais me rapprocher de l’échéance où je vais passer sur le carré, plus ma concentration va se refermer sur des points de plus en plus précis. Je vais regarder la pointe des oreilles de mon cheval, regarder 1 mètre avant la barre, au delà de la barre quand je l’aurai dépassée.

La qualité de concentration est sur l’ici et maintenant. Je ne suis pas en train de penser à la médaille. Si jamais je suis en train de penser à la médaille au dessus de l’obstacle, c’est fichu. L’objet de la concentration est dans des informations ponctuelles, stratégiques. Évidemment un sportif vient pour gagner mais dans la vision concrète de la performance, le moteur qui le pousse est un moteur de concentration extrême qui fait qu’il est absorbé par ce qu’il fait.

Horse Pilot : Simon, justement, comment la préparation mentale te permet de mieux gérer la pression et de rester concentré ?

Simon : La préparation mentale m’a aidé à mettre en place, on va appeler ça une petite séquence, pour basculer au moment clé, au moment propice où il faut passer dans le présent, dans « l’agir ». En équitation, pour moi, c’est le moment où la cloche sonne. C’est à ce moment-là que l’on oublie tout ce qui se passe autour, on est seul avec le cheval et le parcours.

L’obstacle n°1, comment l’aborder, quelle courbe, quelle impulsion ? Rester concentré sur ce qu’il faut faire à ce moment-là.

Je visualise pas mal après la reconnaissance pour vérifier si j’ai bien assimilé à quel moment il faut faire telle action, comment aborder tel obstacle. Maintenant on ne peut rien prévoir, donc c’est toujours difficile de visualiser, surtout avec un cheval qu’on ne connaît pas. Mais une fois sur le cheval, c’est vraiment de la concentration, sur le moment présent et sur les actions à faire dans l’instant.

Préparation mentale aux concours d'équitation

La concentration, clé de la performance

 

Horse Pilot : Face à une échéance importante, indépendamment de la préparation physique, à quel point la préparation mentale a-t-elle des conséquences sur les résultats ?

Simon : La compétition, c’est être le meilleur au moment propice, au moment fatidique, au moment où tout va se jouer. C’est là qu’il faut tirer à 100% de ses capacités physiques justement. La préparation mentale aide beaucoup à arriver à ce moment-là, à vivre ces moments-là.

Beaucoup de sportifs parlent de zone. De zone de concentration et de confiance en soi, où rien ne peut arriver. Quoi qu’il se passe on a une solution, on anticipe tout. L’important est d’être en avance sur tout. Pour arriver dans cette zone justement, il faut travailler mentalement parce que dans les faits, ça ne se passe pas tous les jours comme ça.

Il faut savoir tirer profit, savoir gérer ses erreurs et ses échecs, et toujours aller de l’avant de façon positive.

Jean-Pascal : Les facteurs psychologiques de la performance sont au coeur de la performance pour qu’elle soit la plus optimale possible. Le but est d’être le meilleur possible, et pour être le meilleur possible, je dois être le plus froid possible dans mon jugement (qu’est ce que je dois rectifier, ce que je dois mettre en plus ou en moins et non pas qu’est ce que ça vaut.

C’est pour ça qu’il faut s’entraîner à ne pas porter de jugement de valeur, mais plutôt à avoir un regard phénoménologique (observation des phénomènes).

En équitation, on s’entraîne avec un cheval précis, un entraîneur précis sur un lieu précis. Alors que le mental…

 

Depuis notre naissance, on fonctionne avec notre tête et on a l’impression de s’en servir au mieux. Si on fait de la compétition, il faut l’entraîner à la compétition, et notre tête va faire des choses extra-ordinaires, elle va se surpasser.

 

 

La notion de limites physiques ou limites de concentration n’est qu’une notion subjective. Ce sont à des limites psychologiques que l’on se fixe. On peut repousser ses limites en s’entraînant, justement, à passer outre ces signaux psychiques.

Plus le niveau est haut, plus cela devient difficile de repousser les limites. Ces “petits gains” demandent des efforts énormes au niveau du travail accompli en amont. La somme de ces détails est incroyablement difficile à faire progresser, mais c’est ça qui va faire la différence.

 

« Un détail n’est pas un détail.
C’est ça qui crée de la valeur »

 

Préparation mentale aux competitions sportives

Un travail de fond, un entraînement quotidien

 

Jean Pascal : L’intérêt de la sophrologie est que l’on peut s’entraîner en l’absence du contexte extérieur. On s’entraîne à faire venir des images dans la tête, selon des protocoles bien établis. Quand on fait une visualisation, on a besoin d’un certain état, un état particulier qui déclenche certaines ondes cérébrales. Cela va nous permettre d’atteindre des tonus beaucoup plus dynamiques, ou au contraire, beaucoup plus apaisés.

La sophrologie, en jonglant entre états de tensions et visualisation, va jouer sur l’identification des émotions. Quand elles apparaissent, on les perçoit plus vite que d’autres personnes parce que l’on sait développer notre propre phénoménologie. Bien entraîné, on est capable de gérer pertinemment nos émotions, ce qui influence la concentration en compétition.

L’athlète va avoir des représentations, des images, des comportements qui vont baliser sa présence dans une compétition. Si le chemin de préparation n’est pas tracé, l’approche de la compétition n’est pas balisée. Il y a de fortes chances d’être perturbé et de laisser place à l’improvisation. Cela ne veut pas dire qu’il faut être rigide. On apprend à avoir une souplesse qui va s’adapter.

On a besoin dans le chemin de préparation de se préparer à l’imprévu, en ayant une souplesse, tout en gardant ce canevas. C’est ce que l’on appelle des automatismes.

La préparation mentale est une pyramide que l’on met en place. On commence par construire la base très large,  puis plus la pyramide se construit, plus elle se rétrécit pour aller à un point extrêmement précis en haut qui pourrait être par exemple les Jeux Équestres.

La préparation mentale n’est pas un gadget, on travaille sur de l’humain, du comportemental et cela se construit par étapes sans attendre le dernier moment.

Apprendre à gérer ses émotions, rester concentré, agir ici et maintenant… Ce n’est pas si facile.

Comme dans la technique, la préparation mentale est un travail de fond. La compétition n’est que l’aboutissement. Alors, prêt pour performer ? Il ne reste plus qu’à vous équiper !

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